Des migrants de retour de Malaisie arrivent à la base navale birmane de Thanlyin, le 4 octobre 2026 ( AFP / Sai Aung MAIN )
Près de 1.500 Birmans renvoyés de Malaisie sont arrivés dimanche en Birmanie, a annoncé un responsable de la Marine, première phase d'un programme dénoncé par les associations de défense des droits humains comme étant dangereux pour ces personnes, dans un pays ravagé par la guerre.
Ce groupe de 1.476 migrants fait partie d'un ensemble de 5.000 Birmans ayant accepté selon Kuala Lumpur un rapatriement "volontaire" depuis des centres de détention, au moment où la Malaisie voit augmenter l'hostilité à l'égard des exilés.
Après leur arrivée par bateau dans une base navale birmane à Thanlyin, des dizaines de personnes ont été transportées dans un monastère bouddhiste pour des démarches administratives et des examens de santé, ont constaté des journalistes de l'AFP.
"Je n'ai pas encore retrouvé ma famille", a déclaré Kyaw Swar Thein, 53 ans. Il travaillait dans un café en Malaisie avant d'être arrêté.
Il dit avoir contracté la gale au cours de sa détention d'un an et huit mois, une maladie qui a joué dans sa décision de rentrer.
"Je n'espère rien", a-t-il confié au milieu de rangées d'hommes assis en tailleur sur le sol.
Des associations de défense des droits humains soulignent que les mauvaises conditions de détention de Birmans en Malaisie ont pu les pousser à accepter le programme de renvoi.
Elles insistent aussi sur la dangerosité d'un retour dans le pays, ravagé par la guerre civile depuis le coup d'État militaire de 2021. Le conflit a fait à ce stade plus de 100.000 morts, selon l'ONG Acled.
Des centaines de familles s'étaient rassemblées à l'aube pour récupérer leurs proches près de la base navale, certaines brandissant des photos et noms de déplacés.
Des familles de migrants birmans renvoyés de Malaisie attendent le retour de leurs proches devant la base navale de Thanlyin, en Birmanie, le 4 octobre 2026 ( AFP / Sai Aung MAIN )
Quelques familles ont pu rejoindre leurs proches, mais la plupart ont été repoussées. "Vous ne pouvez pas les emmener tout de suite", a crié un responsable de la Marine dans un mégaphone, précisant que les déplacés seraient emmenés dans divers endroits de la région de Rangoun, où leurs proches pourraient les retrouver.
Kyaw Myint, 55 ans, craint que ses trois petits-enfants, détenus pendant plus d'un an en Malaisie, ne soient enrôlés de force, "non seulement par l'armée, mais aussi par des groupes armés ethniques".
Inquiétudes
Des migrants de retour de Malaisie arrivent à la base navale de Thanlyin, en Birmanie, le 4 octobre 2026 ( AFP / Sai Aung MAIN )
Le Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) s'est dit "inquiet" de ce retour, ajoutant qu'"en vertu du droit international, nul ne doit être renvoyé vers un pays où il risquerait de subir des persécutions, la torture, des préjudices graves ou d'autres menaces pesant sur sa vie, sa liberté et sa sécurité".
"Nous ne savons pas à quoi sa vie va pouvoir ressembler de retour en Birmanie", s'est interrogée depuis la Malaisie la sœur d'un homme devant être renvoyé.
Les autorités malaisiennes n'ont pas précisé combien de Rohingyas figuraient parmi les personnes renvoyées. Mais cette minorité musulmane constitue la majorité des réfugiés et demandeurs d'asile birmans en Malaisie, selon l'ONU.
Des centaines de milliers de Rohingyas ont fui la Birmanie après une violente opération militaire lancée en 2017, qui fait l'objet d'une procédure pour génocide devant la Cour internationale de justice.
Deuxième phase
Des familles de migrants birmans renvoyés de Malaisie attendent le retour de leurs proches devant la base navale de Thanlyin, en Birmanie, le 4 octobre 2026 ( AFP / Sai Aung MAIN )
Le Premier ministre malaisien Anwar Ibrahim a annoncé ce programme de renvoi en juillet, après la détention temporaire d'une centaine de demandeurs d'asile rohingyas à Kuala Lumpur.
La Birmanie assure que les personnes renvoyées étaient dans des centres de rétention pour des infractions à la législation sur l'immigration.
L'Agence des Nations unies pour les réfugiés a déclaré la semaine dernière ne pas avoir été autorisée à rencontrer les personnes concernées pour vérifier que leur décision "avait été véritablement prise en toute liberté et en toute connaissance de cause".
Malgré ces inquiétudes, la Malaisie projette déjà le renvoi d'un deuxième groupe, comptant plus de 3.500 personnes.

0 commentaire
Vous devez être membre pour ajouter un commentaire.
Vous êtes déjà membre ? Connectez-vous
Pas encore membre ? Devenez membre gratuitement
Signaler le commentaire
Fermer